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C O O L

Ah ! Marvin !!!

Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /Mai /2009 01:26
- Publié dans : Cinéma Photo
Looking for Eric, de Ken Loach sort aujourd’hui en salles, après avoir été montré à Cannes. Rencontre avec le réalisateur.

Looking for Eric, le dernier film de Ken Loach, était en compétition au sein de la sélection officielle du 62e Festival de Cannes. Le cinéaste accompagnait bien sûr cet opus tout à fait original dans lequel il cultive la farce qui n’est pas un genre usuel dans sa filmographie. Il nous a reçus dans un havre de paix aménagé derrière la Croisette avec une chaleur qui dépasse de loin les nécessités de la promotion, souhaitant un bel avenir à notre journal.

Comment l’aventure de ce film qui met en scène Éric Cantona a-t-elle commencé ?

Ken Loach. Tout a commencé très simplement, si l’on peut dire, par un coup de fil d’Éric Cantona qui souhaitait me rencontrer. J’ai vraiment cru à une blague. Ce n’en était pas une et nous nous sommes donc réunis en présence des gens avec lesquels j’ai l’habitude d’écrire, comme le scénariste Paul Laverty. Éric Cantona avait l’idée d’un film inspiré de ses fans de Manchester. C’était une idée générale et elle a été pour partie conservée dans le film actuel. Mais il avait en tête des gens précis alors que nous voulions une histoire avec un propos spécifique à raconter. De là est née l’invention du personnage de l’autre Eric, Eric Bishop, ce postier qui voit sa vie se désintégrer et fait appel à son idole Cantona pour se reconstruire.

Malgré l’apparition de Cantona hors de son poster, vous avez choisi de conserver un parti pris réaliste ?

Ken Loach. Je ne fais pas intervenir le surnaturel. L’apparition de Cantona est issue de ce sentiment de familiarité que des fans de toutes sortes éprouvent envers leur idole. Afficher son image est une chose très banale. Mais pour être vraiment littéral, je dirais que Cantona n’existe au fond que dans la tête d’Eric Bishop. Le parti pris réaliste me permet chaque fois d’explorer la société où l’un de ses thèmes. Ici, le football et ses supporters. Un grand manager de foot, Bill Shankly, a déclaré un jour : « Le football n’est pas une question de vie ou de mort. C’est bien plus. » Je crois que c’est très vrai, notamment pour beaucoup d’hommes des classes populaires. En tout cas, en Grande-Bretagne, les hommes ont des émotions très contenues. Ils n’en parlent jamais. Le foot est une sorte de thérapie, on crie, on chante, on pleure, on enrage… Et beaucoup de clubs de supporters à échelle modeste deviennent des lieux de rencontres très chaleureux et vivants. Est-ce de cette prison émotionnelle que souffre Eric Bishop ?

Ken Loach. Certainement. Il n’a jamais pu parler à la femme qu’il aimait au risque de la perdre. C’est pour cela qu’il ne s’en sort pas et qu’il plonge dans la panique comme on plonge dans l’alcool ou la dépression. Son père, qui le critiquait durement, lui a ôté toute confiance en lui. Plus généralement, vous ne devenez pas toujours ce que vous auriez pu être. On le constate avec les enfants que l’on a connus tout petits et dont a suivi l’évolution. Les raisons sont évidemment complexes, souvent sociales et ici plus intimes. Les amis d’Eric Bishop dans le film viennent du même milieu que lui et pourtant chacun fait face différemment aux problèmes de l’existence. Dans la scène où ils doivent nommer le personnage célèbre auquel ils aimeraient s’identifier, cela va de Fidel Castro à Frank Sinatra. C’était amusant de leur prêter des choix tout à fait surprenants et inappropriés à ce que l’on montrait d’eux.

Le tournage aussi était-il drôle ?

Ken Loach. Il l’a été le plus souvent, ce qui ne signifie pas que le film soit bon. Nous avons vécu de beaux moments, comme cette scène dans laquelle un commando policier débarque avec fracas pendant un repas de famille. Comme dans la « vraie vie », nous les avions planqués jusqu’au moment de l’action et nous n’avions pas prévenu les acteurs qui du coup étaient réellement sous le choc. Travailler avec Éric Cantona était très agréable. Il acceptait volontiers toutes les blagues à son sujet. L’une d’elles est devenue récurrente sur le tournage : le scénariste Paul Laverty s’acharnait à écrire pour Cantona les phrases en anglais les plus imprononçables, truffées de mots comportant ce fameux « th » que les Français n’arrivent pas à faire siffler derrière les dents. Cantona poursuivait Laverty partout sur le tournage pour lui faire transformer son texte. Reste que faire un film est toujours un travail difficile. La fin du film offre toutes sortes d’ouvertures que les spectateurs découvriront. Vous souhaitiez donner une note d’espoir ?

Ken Loach. Je ne sais pas bien ce qu’est l’espoir dans la crise actuelle. Les gens perdent massivement leurs emplois. Les familles implosent sous les pressions économiques dans tous domaines. Les organisations de gauche sont éclatées, ce qui nuit à la construction d’alternatives politiques bien que tout ne soit pas noir. Il me semble que la crise produit aussi des changements dans les consciences, des politisations. S’affirmer « anticapitaliste » ne fait plus de vous un extraterrestre. La jeunesse notamment témoigne de sa révolte contre diverses injustices, contre la destruction environnementale, même si ce n’est pas dans le cadre de partis politiques. Je ne sais pas si je peux donner de l’espoir mais il me semble que notre rôle d’artistes devrait plutôt consister à provoquer une colère qui permette aux gens de ne pas se résigner. L’acceptation est la pire des situations et il faut de la colère pour construire autre chose. Si l’on accepte les guerres illégales ou le chômage de masse, alors les classes dirigeantes peuvent continuer.

Entretien réalisé et traduit par Dominique Widemann
Source lhumanite.fr

Par Karevé
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